Secours Catholique : la pauvreté à Marseille

La journée nationale du Secours Catholique du 19 novembre 2016 est l’occasion de rappeler la situation préoccupante du diocèse, et tout particulièrement de Marseille, pour une partie importante de ses habitants. 25% d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le taux atteint même 40 à 50% dans certains arrondissements (1°, 2°, 3°, 14°, 15°). Le 3° est le quartier le plus pauvre de France entière. Ici, la pauvreté est « intense » ; c’est-à-dire que les pauvres sont non seulement relativement plus nombreux, mais aussi plus pauvres que dans les autres grandes villes françaises.

A l’origine des ces situations on peut retenir un taux de chômage déclaré de plus de 18%, la forte part des familles monoparentales, les grande solitudes qui affectent des personnes isolées, un niveau moyen de qualification modeste des actifs. Dans cette grande ville, longtemps industrielle et tournée ver la mer, devenue métropolitaine et tertiaire, les emplois créés ne correspondent plus à l’employabilité des catégories les plus précaires. Certes, les grandes opérations d’aménagement récentes sur le front de mer, le potentiel scientifique et d’innovation, les activités du grand port maritime, les pôles de compétitivité contribuent au renouveau de la cité Phocéenne. Mais Marseille va mieux que les marseillais. Les entreprises motrices ou les zones en croissance n’entraînent plus les autres. Il n’y a plus de « ruissellement ». Ces foyers de développement laissent au bord du chemin tous les habitants qui ne peuvent prétendre à ces nouveaux emplois, trop qualifiés pour eux ou à ces nouveaux logements, trop chers pour leur pouvoir d’achat.

Il y a urgence à mettre en œuvre une politique de formation professionnelle en leur direction. Mais ce sera long. A court terme, c’est par l’insertion et l’accompagnement qu’il convient d’agir pour réduire le chômage, qui constitue la première cause de la pauvreté. L’habitat n’est pas en reste non plus avec une offre insuffisante de logements sociaux qui contraint de nombreuses familles à avoir recours au « logement social de fait », c’est-à-dire aux marchands de sommeil.

Au-delà même de la rigueur des chiffres, ce sont les inégalités de ressources des habitants qui accentuent le problème. L’écart entre les revenus des 10% les plus riches et ceux des 10% les plus pauvres est de 14 à Marseille, un record de France. Il peut être beaucoup plus élevé entre les 111 quartiers d’une ancienne ville ouvrière qui ne s’est jamais relevée de son passé colonial.

On trouve dans ces exclus du développement non seulement des populations dites « à risque » (jeunes décrocheurs, actifs sans qualification, familles monoparentales, chômeurs de longue durée), mais aussi des habitants que rien ne prédisposaient à cette situation : actifs licenciés en fin de carrière, victimes d’accident de santé, personnes en rupture familiale..) et qui peuvent se retrouver rapidement sans ressource.

Certes, les transferts sociaux permettent à cette population de survivre dans la précarité. Mais ne les sortent pas de situations impossibles. C’est pourquoi le secteur associatif joue un rôle déterminant pour accompagner les demandeurs d’emploi, les sans domicile fixe, les familles sans ressources, les déplacés par les guerres et les conflits qui se retrouvent dans ce grand port en quête d’une vie meilleure.

Dans une étude 2014, le conseil diocésain économique et social a repéré une trentaine de mouvements d’origine chrétienne attelés à Marseille à cette tâche d’intérêt général. Le Secours Catholique est le premier d’entre eux.

Au niveau national, son dernier rapport annuel sur l’état de la pauvreté en France en 2016 remarque que la pauvreté augmente et que prés de 9 millions de personnes dont 3 millions d’enfants sont en situation de pauvreté. Le Secours Catholique accueille chaque année prés de 1,5 million de personnes. Il fait le constat d’une précarisation croissante des familles, des femmes, des enfants et des personnes d’origine étrangère.

Au niveau de la délégation de Marseille, un réseau de 500 bénévoles et d’une dizaine de salariés accompagnent plus de 1600 familles au sein de 19 lieux d’accueil, par des maraudes toutes les nuits qui ont rencontré 24 000 personnes, des boutiques et épiceries solidaires. Cette goutte d’eau dans la pauvreté est celle du regard, de l’espoir, de l’aide matérielle et spirituelle, du dialogue retrouvé pour les personnes sans domicile fixe, les sortants de prison, les migrants, les personnes malades sans couverture sociale, les jeunes errants, les chômeurs de longue durée et d’une façon plus générale, toutes celles et tous ceux qui osent vaincre leur réticence à faire état de leur situation.

En cette journée du Secours Catholique, nos paroissiens sont invités à prendre conscience que si la pauvreté est partout, elle n’est pas toujours visible. Ils peuvent donner des moyens financiers au Secours Catholique. Ils peuvent aussi donner de leur temps et de leurs compétences pour permettre à cette grande œuvre reconnue d’utilité publique d’accueillir plus de personnes et de leur permettre de retrouver le chemin de la dignité.

« Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait des choses à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites » (Mathieu 25-40).

P.Langevin
19 novembre 2016
Journée nationale du Secours Catholique

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